Le domaine du livre dans lequel je travaille à titre de conseiller marketing me passionne beaucoup; j’aborderai dans ce billet mes prévisions d’ici un an, cinq ans, et vingt ans sur quelques aspects de ce domaine.
Voici un court résumé des grandes étapes par lesquelles le livre est passé depuis l’invention de l’imprimerie.
L’imprimerie typographique fut inventée vers 1450 par Gutenberg. Cette invention permit de reproduire des textes en série et de réduire le coût de chaque exemplaire. L’imprimerie a également eu comme impact d’augmenter considérablement la diffusion du livre. C’est vers 1820 que la presse à imprimer qui fonctionnait à la vapeur fut inventée.
Voici les grandes étapes du livre numérique :
1971: Création du premier livre numérique (la Déclaration d’indépendance des États-Unis).
1971: Le Projet Gutenberg est la première bibliothèque numérique.
1993: L’Online Books Page recense les ebooks gratuits.
1994: De plus en plus de textes sont disponibles en ligne.
1995: Amazon.com est la première grande librairie en ligne.
1996: Des éditeurs se lancent sur l’Internet.
1998: Les bibliothèques emménagent sur le web.
1999: Les bibliothécaires deviennent cyberthécaires.
2002: Le web devient une vaste encyclopédie.
2003: Les nouveautés sont en version numérique.
2005: Google s’intéresse à l’ebook.
2006: Vers une bibliothèque numérique planétaire.
2007: Nous lisons sur divers appareils électroniques.
2008: Les ebooks sont partout.
2009: Cyberespace et société de l’information.
Vous trouverez sur ce lien les détails des grandes étapes citées ci-haut.
À titre d’introduction sur mes prévisions concernant les changements que les technologies et le web social pourraient apporter au secteur du livre, voici une brève mise en situation de l’état actuel des choses.
Il est clair qu’avec l’avancement des technologies, les progrès liés au domaine du livre se font déjà sentir; le livre numérique est en pleine croissance et sa présence dans le marché grand public est bien visible. Différents portails de distribution et de vente de livres numériques sont accessibles. En voici quelques uns :
Le livre numérique
Il est important de ne pas confondre le livre numérique (qui est un fichier informatique) et la liseuse qui est l’appareil électronique portable qui permet de lire les livres numériques (dont les formats les plus utilisés sont : ePub, PDF, HTML, txt et PRC/MOBI).
Par rapport au livre papier, le livre numérique possède des avantages importants; il ne sera jamais épuisé et quasi éternel, une fois qu’on possède un appareil de lecture numérique, on peut acquérir ses livres de n’importe où avec une connexion Internet. On peut stocker sur sa liseuse des centaines de volumes, ils peuvent être mis à jour par téléchargement; très pratique pour les ouvrages de références (traitant d’informatique, de médecine, de droit, d’ingénierie, etc.). Il est possible de voir des extraits avant d’acheter un ouvrage, de faire des recherches par mots-clés, d’ajouter autant de commentaires que l’on désire, de modifier la taille des caractères (également pratique pour les personnes qui ont des problèmes de vision).
Les liseuses électroniques
L’arrivée massive des téléphones intelligents (iPhone, Nexus one, etc.), des tablettes (l’iPad, Galaxy Pad, Xoom, etc.) et des liseuses (Kindle, Sony Reader, etc.) dans le marché grand public ouvre toute grande la porte au livre numérique; maintenant que nous avons les outils, il ne reste plus qu’à rendre disponible et à commercialiser le maximum de livres numériques.
Pour introduire le sujet, voici une vidéo qui décrit sommairement le fonctionnement des liseuses.
Voici les principaux appareils qui occupent le marché canadien :
Voici une vidéo qui présente le livre numérique sur l’iPad.
Les bibliothèques et les systèmes intégrés de gestion de bibliothèques (SIGB)
Un SIGB est un logiciel qui permet de gérer l’ensemble des tâches d’une bibliothèque tel que la gestion des abonnés, le catalogage des documents, la gestion de la circulation des documents (prêt, retour, réservation, rappel des documents en retard, etc.).
Le livre numérique aura évidemment un impact sur les bibliothèques, les centres de documentation et leurs usagers. Le prêt de livre numérique pourra bientôt se faire directement sur les liseuses des usagers via le portail Web du SIGB de la bibliothèque.
À moins que ce ne soit déjà fait, les bibliothèques, promotrices de la lecture et de la culture, pourraient offrir des séries de formations sur l’utilisation des liseuses et des avantages que procure le livre numérique. Les premières cibles devraient être les technophiles, utilisateurs du Web et des médias sociaux (Facebook, Twitter, YouTube, les blogues, etc.). Sans être promotionnelles, ces formations inciteraient sans doute les utilisateurs potentiels à découvrir le livre numérique et positionneraient les bibliothèques face à cette nouvelle technologie dont l’engouement est en forte progression.
Cette opération viserait également les jeunes (adeptes de technologie) pour qui le livre numérique pourrait être un pas vers la découverte de romans et d’ouvrages qui les inciterait à lire plus.
Les sites de lecture sociale
Bien que l’action de lire soit purement individuelle, il apparait évident qu’avec le Web 2.0, les outils sociaux servant à créer des communautés autour du livre prendront de l’expansion; le livre et la lecture deviendront ainsi de plus en plus “sociaux”.
Voici une présentation de Shelfari, un site social qui permet aux internautes de partager leur bibliothèque virtuelle et d’y écrire des critiques, des résumés ainsi que d’attribuer des notes aux livres.
LibraryThing en est un autre exemple; ce réseau social de catalogage pour les amateurs de livres compte plus de 1 200 000 utilisateurs et 50 millions de livres. Avec LibraryThing, il est possible de contribuer aux mots-clés, aux notes, aux critiques de livres ainsi que de participer dans les forums d’utilisateurs ou rejoindre le programme des critiques en avant-première et de bénéficier du travail des autres. LibraryThing inclut également une section d’informations sur des milliers de librairies, de bibliothèques et de festivals littéraires classés par lieux géographiques.
Autres sites de lecture sociale:
D’ici un an
Les sites de lecture sociale
Avec la montée du Web 2.0, les sites de lecture sociale prendront sans aucun doute une expansion importante chez les amateurs de livres. Comme nous le voyons depuis l’apparition des sites sociaux, chacun pourra trouver les outils qui lui permettront de partager sa passion avec d’autres personnes. Les sites de lecture sociale seront sans doute une façon efficace de faire connaître de nouveaux livres et auteurs, ce qui aidera à l’effort de commercialisation.
Peut-être verrons-nous apparaître un site de lecture sociale conçu pour les auteurs et les livres québécois. Ce site, en plus d’offrir toutes les fonctionnalités standards pourrait permettre aux lecteurs de communiquer avec les auteurs et éditeurs pour leur dire ce qu’ils ont aimé, moins aimé des livres québécois qu’ils ont lus. Des auteurs non connus pourraient également publier leurs œuvres et les vendre via ce site.
D’ici cinq ans
Le papier électronique
Les liseuses électroniques (sous forme de tablettes) cèderont probablement une partie de leur marché au papier électronique sur support souple pour la lecture de livres numériques, de magazines et de journaux. Le papier électronique qui sera disponible en différents formats (hauteur et largeur) pour reproduire les tailles standards des livres, magazines et journaux. Les liseuses électroniques rigides garderont sans doute leur place dans le marché pour l’utilisation d’applications bureautiques et pour le visionnement de vidéos.
Les bibliothèques publiques
Les bibliothèques publiques demeureront des lieux physiques de partage de la culture et du savoir, mais on devrait voir apparaître de plus en plus de bibliothèques virtuelles (gérées par les bibliothèques physiques) qui seront accessibles par le Web. On pourra, entre autre, y télécharger sur son ordinateur, sa tablette électronique et sa liseuse, des livres numériques et autres documents multimédias chronodégradables.
Certains SIGB incluront probablement des passerelles avec les sites de lecture sociale de façon à guider les utilisateurs dans leurs choix de lecture.
Il sera intéressant de voir l’impact qu’aura le livre numérique sur les bibliothèques publiques dans cinq ans et plus alors que les livres papier devraient prendre passablement moins d’espace tablettes qu’aujourd’hui.
La commercialisation du livre numérique
Avec le nombre grandissant de titres disponibles en format numérique et l’engouement du grand public pour cette technologie, le défi de taille que devront relever les éditeurs sera la commercialisation Web de leurs titres et collections.
Aujourd’hui, la quasi totalité des livres est vendue en format papier dans des librairies, magasins à rayons et grandes surfaces. Le modèle d’affaires aura probablement beaucoup changé dans cinq ans; la chaîne du livre papier qui compte l’auteur, l’éditeur, le diffuseur, le distributeur, le libraire (ou détaillant) pourrait, avec le livre numérique, être réduite à deux intervenants : l’auteur et l’éditeur. Ce rétrécissement majeur de la chaîne du livre et le contournement de plusieurs de ses intervenants seraient rendus possible par le commerce électronique et les médias sociaux. Ainsi, tout en effectuant le travail essentiel d’édition, certains éditeurs pourront commercialiser leurs livres numériques directement sur le Web.
Il est fort probable qu’à moyen ou long terme, le prix du livre numérique baisse en raison du nombre réduit d’intervenants commerciaux (chaîne du livre) et des coûts éliminés au niveau du papier, de l’impression et du transport.
Une étape sera toujours essentielle pour s’assurer du succès commercial des livres numériques; l’élaboration et la mise en application de la stratégie de communication commerciale qui inclura les médias traditionnels et les médias Web (publicité Web, référencement, médias sociaux, etc.). Bien que le marché soit planétaire et accessible à tout auteur et tout éditeur, l’offre de livre numérique sera gigantesque sur le Web; le défi sera donc de taille pour obtenir un succès commercial. Les sites de lecture sociale permettront à certains auteurs et livres de ressortir du lot. Les affiliations entre éditeurs et plateformes de commercialisation Web (tel que l’iBooks Store d’Apple) sera un engrenage essentiel à une commercialisation efficace.
Quels outils et quelles stratégies de communication et de médias sociaux les éditeurs de livres numériques devront-ils utiliser pour se démarquer et se faire connaître ? Il n’y a pas de recette miracle pour s’assurer d’un succès commercial mais chose certaine, que ce soit un roman, un livre pratique, une biographie, le produit doit répondre à une demande, il doit être vendu à un prix compétitif et être facilement accessible. L’auteur devra faire connaître son produit sur les médias sociaux (Facebook, Twitter, YouTube, blogues). Des signets sociaux devront être utilisés sur les sites de folksonomie tel que Diigo, Delicious, de façon à ce qu’ils puissent être repérés par des personnes qui les recherchent. Le titre devra être listé sur les sites de lecture sociale et des commentaires devront y être ajoutés. Des campagnes de presse devront être mises en place sur le Web. Ultimement, des campagnes publicitaires devront être faites sur Facebook, Google Adwords et sur les sites que visitent les acheteurs potentiels.
D’ici vingt ans
Sans prétendre que dans vingt ans le livre papier aura disparu des bibliothèques publiques, on peut quand même prévoir que le livre chronodégradables (bientôt disponible) sera sans doute le moyen le plus répandu pour emprunter les livres numériques.
Le livre augmenté aura probablement pris une part importante du marché. En plus de l’affichage du texte, il inclut des liens hypertextes (vers Internet) et utilise les capacités multimédias des tablettes. Le livre augmenté offrira ainsi une plus grande capacité de transmission de l’information. Par exemple, au lieu de simplement offrir des textes et des photos pour présenter la Ville de Montréal, un guide touristique (en format livre augmenté) offrira des séquences multimédia des lieux touristiques à visiter, si on se déplace à Montréal avec le module de lecture, on aura des séquences multimédia en fonction de l’endroit où on se trouve; cette possibilité est d’ailleurs déjà utilisée sur certains téléphones intelligents qui utilisent la géo-localisation.
Les modules de lecture seront sûrement aussi répandus que les téléphones intelligents le sont aujourd’hui; une part importante de la population en possèdera un. Ces modules offriront probablement différents modes d’affichage; une encre électronique pour la lecture de livres et de journaux, un affichage rétro éclairé pour l’utilisation d’applications logiciels (comme le iPad le fait actuellement).
À moins que ce ne soit déjà fait, les bibliothèques, promoteurs de la lecture et de la culture, pourraient offrir des séries de formations sur l’utilisation des liseuses et des avantages que procure le livre numérique. Les premières cibles devraient être les technophiles, utilisateurs du Web et des médias sociaux (Facebook, Twitter, YouTube, les blogues, etc.). Sans être promotionnelles, ces formations inciterait sans doute les utilisateurs potentiels à découvrir le livre numérique et positionnerait les bibliothèques face à cette nouvelle technologie dont l’engouement est en forte progression.
Cette opération viserait également les jeunes, (adeptes de technologie) pour qui le livre numérique pourrait être un pas vers la découverte de romans et d’ouvrages qui les inciterait à lire plus.


